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Plan de mobilité : un débat à ouvrir avec les salariés

Depuis janvier 2018, toutes les entreprises disposant d’un site accueillant au moins 100 collaborateurs dans une zone dite de Plan de déplacements urbains (PDU) doivent avoir établi leur « Plan de mobilité ». Cette nouvelle obligation leur procure surtout un bon moyen de réfléchir, avec leurs collaborateurs comme avec les pouvoirs publics, à l’amélioration des conditions de la mobilité quotidienne. Et rien n’empêche les plus petites sociétés de faire de même.

Améliorer la qualité de l’air en ville

Inscrite dans la loi de transition énergétique votée en août 2015, la nouvelle réglementation concerne essentiellement des entreprises situées dans les agglomérations comptant plus de 100 000 habitants. Le texte leur demande de réaliser un audit de leur situation actuelle, puis de mettre en place un plan d’actions apportant des solutions aux problématiques de mobilité de leurs collaborateurs, mais également des clients ou des fournisseurs venant leur rendre visite. L’objectif principal du législateur est clairement affiché : réduire les déplacements dans les zones urbaines où la qualité de l’air pose des problèmes de santé publique afin de diminuer les rejets de gaz à effet de serre (GES) et en particulier de CO₂.

A noter que le plan de mobilité prolonge, côté entreprises, l’obligation qui avait été faite, dès 2006 aux administrations situées dans des PDU, de réaliser leur plan de déplacement (PDA).

DRH, Direction RSE et gestionnaires de flotte sur le pont

Il est demandé aux entreprises de plus de 500 salariés de nommer un référent pour mener ce projet. Et si, pour les entités de taille inférieure, la nomination d’un responsable n’est pas obligatoire, elle est fortement conseillée. Les enjeux de RSE ou les objectifs d’amélioration de qualité de vie au travail (QVT) sont en effet des plus importants. 

Ce sont d’ailleurs bien souvent les directions en charge des ressources humaines ou, le cas échéant, de la responsabilité sociale et environnementale qui prennent la main sur l’élaboration du plan de mobilité. Les gestionnaires de flotte, déjà mis à contribution depuis 2016 pour la mise en place des bilans énergétiques sont également des partenaires naturels de la démarche. 

Quelle que soit l’organisation retenue, l’entreprise aura besoin de suivre une méthodologie précise. Sa première étape consiste à dresser un état de la situation (diagnostic et état des lieux des déplacements des collaborateurs, analyse des flux de mobilité). Il faut ensuite définir un plan d’action puis en suivre la réalisation. L’entreprise peut se faire aider en cela par des cabinets spécialisés qui prennent en charge tout ou partie du projet pour leurs clients.

Donner la parole aux salariés

Le plan de mobilité insiste sur la mise en place de démarches participatives impliquant l’ensemble des salariés. D’abord, pour établir un bilan de leurs habitudes, qu’il s’agisse des déplacements quotidiens pour se rendre sur leur lieu de travail ou des trajets à effectuer dans le cadre de leur activité professionnelle. Ensuite pour élaborer en commun des actions d’amélioration. D’ailleurs et comme l’explique Anne-France Rivière du cabinet EM Services, « ils n’ont généralement pas attendu pour produire des actions individuelles ou collectives pour améliorer leur mobilité quotidienne ».

Le télétravail, plébiscité par les salariés… et désormais par  le gouvernement

Parmi ces solutions, et lorsque la nature du poste occupé le permet, le recours au télétravail fait disparaître le temps de transport quotidien entre le domicile et le bureau… et les émissions de CO₂ qui l’accompagnent. Ce dispositif est parfois institutionnalisé dans le cadre d’accords collectifs rendus possibles par la loi Warsmann de 2012. Mais il ne concerne encore aujourd’hui que 15 % environ des salariés français, alors que 65 % d’entre eux souhaiteraient avoir accès à cette possibilité d’organiser leur travail. Cette proportion pourrait toutefois progresser avec l’évolution du code du travail votée fin 2017 par le gouvernement. Car désormais c’est à l’employeur de justifier son refus éventuel d’accorder le droit au télétravail à un collaborateur qui en fait la demande et dont le poste est éligible au travail à distance. 

Penser la mobilité… as a service

Dans les grandes agglomérations et au sein des générations les plus jeunes, l’accès à la mobilité est désormais considéré comme un service. Donc à utiliser de manière ponctuelle et qui  s’adapte à la nature du trajet que l’on souhaite effectuer. Selon la distance à parcourir, le lieu de départ et d’arrivée, le moment de la journée, l’utilisateur dispose d’un large choix pour se déplacer, de la voiture (taxi, VTC, covoiturage, autopartage) au vélo (partagé ou non), en passant par les deux et trois-roues, les transports en commun, mais aussi les trottinettes et autres hoverboards ! Cette « multimodalité » devrait trouver sa place dans les plans de mobilité !

L’électrique et l’hybride ont le vent en poupe

Autre évolution potentielle avec l’accroissement de la part de l’électrique dans les flottes. Ces dernières années, les incitations fiscales ont conduit leurs gestionnaires à faire évoluer progressivement leur mix énergétique. Et le mouvement pourrait s’accélérer. Les véhicules électriques et hybrides représentent en effet une alternative de plus en plus crédible grâce à une autonomie croissante et au développement massif des réseaux publics de bornes de recharge. Or une étude menée par l’Ifop pour Alphabet en septembre 2017 montre que la distance moyenne quotidienne parcourue pour se rendre sur son lieu de travail est de 44 km (aller plus retour). Une distance largement couverte par l’autonomie de tous les véhicules électriques disponibles sur le marché.

L’autopartage en entreprise: la mobilité pour tous !

Autre dispositif disponible, l’autopartage permet de proposer à l’ensemble des collaborateurs de disposer d’un véhicule pour effectuer leurs trajets professionnels. Il remplace donc les courses en taxi, en VTC ou les locations de courte durée et apporte une alternative intéressante aux  déplacements dans les zones mal desservies par les transports en commun. Certaines entreprises proposent même à leurs collaborateurs d’utiliser les voitures autopartagées à titre privé le soir ou les weekends, moyennant un coût de participation qui reste bien inférieur à celui d’une location courte durée.

Le covoiturage, une pratique déjà éprouvée

Cette solution fait toujours plus d’émules. Si les applications proposées sont à l’origine plutôt conçues pour partager un véhicule sur de longues distances, le leader Blablacar teste actuellement une version dédiée aux trajets du quotidien et l’application Citygoo est totalement dédiée à ces déplacements de quelques kilomètres.

Les collectivités territoriales, les opérateurs autoroutiers ou la SNCF développent leurs propres solutions en proposant des plateformes de mise en contact ou en réservant à leurs utilisateurs des espaces de stationnement à proximité des gares ou des stations de péage. Dans le cadre du plan de mobilité, les entreprises peuvent aussi prendre l’initiative : par exemple, en incitant les candidats au covoiturage à se faire connaître (bourse d’échanges) ou en leur réservant des places de parking.

Le vélopartage en entreprise, pour les petits trajets pendant la journée

Il est désormais possible pour les entreprises de proposer des services de type Vélib’ à leurs salariés, pour leurs trajets professionnels les plus courts ou pour un usage privé pendant la pause méridienne par exemple. Des prestataires comme Green On proposent aux entreprises de mettre à la disposition de leurs collaborateurs des vélos à assistance électrique (loués en LLD) accompagnés de leur « rack » de stockage et de recharge. Quelques mètres carrés et une alimentation électrique standard suffisent. Les utilisateurs réservent leur vélo pour la durée de leur choix via une plateforme en ligne et le déverrouillent grâce à leur badge d’entreprise.

Plan de mobilité et plan d’actions : une logique itérative… et permanente

Toutes ces nouvelles pratiques démontrent bien que les solutions pour améliorer la mobilité des collaborateurs sont nombreuses, réalistes et souvent rapidement amorties. « Et ce n’est pas seulement une question d’économies, conclut Anne-France Rivière. Les entreprises en tireront bien d’autres avantages, comme l’amélioration de la productivité ou de la qualité de vie au travail ». Au-delà du simple horizon de conformité, « le défi est de changer les mentalités en profondeur dans les entreprises et de les faire travailler sur le long terme, de façon itérative, sur les enjeux de mobilité de leurs salariés ».

Décaler les horaires de travail pour des trajets en train plus sereins

Depuis décembre 2015, le « challenge décalé » mis en place dans le quartier d’affaires de la Plaine Saint-Denis, qui regroupe de nombreux sièges sociaux et sites de grandes entreprises (SNCF, SFR, Orange…) a amené plusieurs d’entre elles à décaler leur horaires pour permettre à leurs collaborateurs d’arriver au travail avant 8 h 15 ou après 9 h 15 afin d’éviter l’hyper-pointe du matin. L’ADEME, en analysant plusieurs expériences de ce type, estime que des décalages faibles – de l’ordre de 15 à 30 minutes seulement – produisent des effets visibles, sans pour autant désorganiser les activités professionnelles ou personnelles.