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L’utilitaire, un terrain d’innovation depuis les débuts de l’automobile

Pour valider l’utilité d’un utilitaire électrique, (ici le Renault Kangoo Z.E.) il faut vérifier son autonomie, avec une charge utile et une vitesse réaliste. - Crédits photo : Renault Marketing 3D
Pour valider l’utilité d’un utilitaire électrique, (ici le Renault Kangoo Z.E.) il faut vérifier son autonomie, avec une charge utile et une vitesse réaliste. - Crédits photo : Renault Marketing 3D

Mathieu Flonneau analyse les nombreux services rendus par les camions et les utilitaires aux progrès de l’automobile et au développement de la société. Et cela pourrait bien continuer à l’heure de la conduite autonome et de l’électrification des flottes. Cet historien des mobilités et de l’automobilisme (voir encadré) a étudié leur place depuis la fin du XIXe siècle jusqu’au début de ce XXIe siècle. Il a notamment publié « Utilités de l’utilitaire », un titre repris de celui de la journée d’étude co-organisée en 2009 avec le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA).

Pour lui, aucun doute possible : non seulement l’automobilisme utilitaire sert la société, mais c’est aussi lui qui a assuré le succès de l’automobile. Il a permis l’apparition et la démocratisation de beaucoup de nouvelles pratiques, à travers le déploiement de toute une gamme de solutions mobiles qui répondaient aux besoins d’un métier ou d’une situation géographique. L’ensemble des besoins nécessaires au développement de nos sociétés industrielles a ainsi été satisfait. 

Une image très positive, aux débuts de l’automobile

Il insiste aussi sur l’image extrêmement positive du véhicule utilitaire et de son propriétaire dès la fin du XIXe siècle. « De très grandes marques automobiles, comme Aston-Martin, Porsche, Lamborghini ou Alfa Romeo, ont d’ailleurs commencé par exemple avec des tracteurs ou des véhicules militaires. Le secteur était noble à l’époque pour les constructeurs ». Il y avait même des concours spécialisés pour les autobus, les taxis ou les camions, qui avaient presqu’autant de popularité que les courses de vitesse, réservées à des voitures qui, elles, ne se rencontraient pas tous les jours sur les routes. 

Un mot d’origine italienne

Le terme utilitaire, d’origine italienne (« Utilitaria »), n’apparait pourtant que dans les années 1930, pour désigner une petite voiture bon marché et utile. Il a une connotation péjorative aujourd’hui, sans doute associée au mot « utilitariste ». Pourtant répète Mathieu Flonneau, « le succès rencontré par l’automobile est lié avant tout aux services qu’elle a rendus à ses utilisateurs ». 

Il fait aussi observer que la plupart des innovations sont apparues du côté des poids lourds ou des utilitaires avant d’être adaptées ensuite sur les voitures : « Je parle bien ici d’innovations, c’est-à-dire de nouveautés qui se généralisent car elles sont acceptées socialement. Et cela reste vrai encore aujourd’hui ».

Selon lui, la conduite automobile pourrait bien devoir beaucoup, dans les années à venir, à des expériences menées actuellement par un constructeur comme Volvo avec ses trains de camions1. Et il est tout à fait possible que l’utilitaire soit demain le fer de lance de l’électrification des parcs automobiles dans la cité.

Changer le regard sur les utilitaires dans les villes…

Cela représenterait un changement considérable, à l’heure où en ville notamment, la voiture - et l’utilitaire en particulier - sont souvent associés aux termes de « dépendance » ou de « nuisances ». Mathieu Flonneau ne juge pas le discours des élus mais en souligne le côté parfois irréaliste, quand on réfléchit à tout ce que les utilitaires apportent à la société en termes de développement économique. Il ironise même en rappelant que cela fait plus de 40 ans que les équipes qui se sont succédé à la mairie de Paris ont toutes engagé des politiques de restriction de la présence automobile en ville. Pour autant, les services techniques de la Ville de Paris, tenus d’accomplir les missions qui leur sont confiées, ne font pas preuve du même dogmatisme.

… dans les entreprises aussi

Les entreprises aussi peuvent méditer cette phrase de l’écrivain italien Alessandro Baricco, qui a écrit : «Il n’y a pas de garage absurde». Pas d’utilitaire absurde non plus, du moment qu’il rend service à son propriétaire mais aussi à la société, en ayant un rôle économique positif. Et les gestionnaires de flotte peuvent tout à fait revaloriser cette partie importante de leurs flottes. « C’est avant tout une question d’image, notamment vis-à-vis de l’extérieur: si vous avez des véhicules récents, propres, avec des utilisateurs qui se comportent bien sur la route, la réputation de l’entreprise s’en trouve rehaussée ». De nombreux acteurs, essentiellement dans le secteur public mais aussi chez quelques grands opérateurs privés, l’ont bien compris, et ont commencé à « verdir » leur flotte en développant par exemple un parc important de véhicules électriques. 

(1) Les recherches du constructeur Volvo portent sur la possibilité de faire évoluer des convois de plusieurs dizaines de camions autonomes, asservis les uns aux autres via des systèmes électroniques, avec seulement le véhicule de tête qui dispose d’un conducteur.

Mathieu Flonneau

Mathieu Flonneau, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, spécialiste d’histoire urbaine et de l’histoire des mobilités, SIRICE-CRHI, LabEx EHNE. Il a fondé le groupe de recherche pluridisciplinaire P2M (Présent-Passé-Mobilité). Il a écrit ou co-écrit de nombreux ouvrages, tels que:

- Utilités de l’utilitaire (2009), avec Arnaud Passalacqua (Descartes et Cie, 2009)

- Vive la route! Vive la République, avec Jean-Pierre Orfeuil (L’Aube, 2016)